blocus 70 pourcentNotre camarade Amedeo Sartorio revient sur un des épisodes les plus tragiques de l’histoire de l’Amérique latine : un peuple prenant en main son destin et assiégé par son voisin impérialiste. Pour savoir l’essentiel sur le blocus économique contre Cuba, la lecture de cet article est indispensable.

Le 28 octobre 2014, l’Assemblée générale de l’ONU a voté pour la énième fois la levée du blocus économique contre Cuba. Sur les 193 pays représentés, seuls les Etats-Unis et Israël ont voté contre, trois autres pays se sont abstenus.

Mais tout le monde sait ce qui constitue vraiment l’embargo ? Est-ce légal, au vu du droit international, ce que fait le gouvernement des États-Unis ? Voici quelques informations concrètes pour mieux comprendre la question et se solidariser avec Cuba sans conditions et sans tergiverser.

Les premières sanctions économiques contre Cuba ont été décidées par le président étasunien Eisenhower en 1960, en réaction à la vague de nationalisations menées par le gouvernement révolutionnaire de l’île. Et en 1962, l’administration démocrate de Kennedy les a étendues à tous les secteurs pour initier un blocus total.

L’impact a été terrible car en 1959, pour des raisons géographiques et historiques évidentes, 73% des exportations étaient destinées aux États-Unis et 70% des importations provenaient de ce même pays.

Maintenant Cuba, en raison de l’embargo total, ne peut rien échanger commercialement avec son grand voisin. Seulement depuis l’an 2000, en raison de pressions du lobby agricole étasunien qui cherchait de nouveaux marchés pour ses excédents, Cuba peut importer certaines matières premières alimentaires dans des conditions extrêmement rigides.

Au fil des années, la rhétorique diplomatique qui a justifié le renforcement des sanctions économiques a évolué. Entre 1960 et 1990, les Etats-Unis rappelaient en premier lieu le cas de leurs entreprises expropriées pour justifier leur politique hostile à l’égard de l’île socialiste. Ils évoquaient ensuite l’alliance avec l’Union soviétique, le soutien aux guérillas en Amérique latine en lutte contre les régimes militaires soutenus par Washington et l’intervention militaire cubaine en Afrique en soutien aux luttes de libération nationale.

Après l’effondrement du bloc socialiste, les Etats-Unis, au lieu de normaliser les relations avec l’île caribéenne, ont décidé de resserrer davantage les sanctions en invoquant la nécessité de restaurer la démocratie et le respect des droits humains.

C’est en 1992 que l’administration de Bush père donne un nouveau tournant aux sanctions, allant jusqu’à rentrer en conflit avec le droit international. La loi Torricelli, outre l’augmentation des sanctions, leur octroie un caractère extra-territorial. Pourtant, le droit international interdit l’extra-territorialité de toute législation nationale, ce qui équivaut à dire qu’une loi ne peut pas être appliquée à l’extérieur des frontières nationales. Le droit suisse ne peut s’appliquer en Italie tout comme le droit colombien ne peut s’appliquer au Venezuela.

En revanche, la loi Torricelli est étendue à tous les pays du monde.

Par exemple, depuis 1992, tous les navires étrangers, quelle que soit leur provenance, qui entrent dans un port cubain, sont interdits de se rendre aux États-Unis pour les six mois suivants. Cela permet d’assurer que les compagnies maritimes opérant dans la région préfèrent éviter de commercer avec Cuba, pour ne pas être exclues du plus grand marché du monde. Et Cuba, entouré par la mer, doit payer des prix beaucoup plus élevés que le marché pour convaincre les entreprises internationales de livrer des marchandises sur l’île.

La loi Torricelli prévoit également des sanctions contre ceux qui fournissent de l’aide à Cuba, si un pays donne 100 millions à Cuba, les États-Unis réduisent de 100 millions leur éventuelle aide à ce pays.

En 1996, le président Clinton donne un nouveau tour de vis et adopte la loi Helms-Burton qui, en plus de l’extraterritorialité, prévoit la rétroactivité, de sorte qu’elle s’applique également aux faits qui se sont produits avant la création de la loi.

Le droit international interdit les lois rétroactives, par exemple, si un pays adopte une loi qui interdit de fumer dans les bars, il ne peut pas amendé ceux qui avaient fumé une cigarette dans un lieu où il était encore légal de le faire.

La loi Helms-Burton est conçue pour dissuader de nombreux investisseurs de s’implanter à Cuba, par crainte de représailles de la part du système judiciaire des États-Unis, et c’est très efficace.

En droit étasunien, qui encore une fois viole le droit international, les entreprises étrangères installées sur une propriété nationalisée à Cuba, et qui au moment de la nationalisation appartenait à un citoyen de nationalité cubaine, doivent être punies.

En 2004, le président Bush a créé la Commission d’assistance à un Cuba libre qui a imposé de nouvelles sanctions contre Cuba. Entre 2004 et 2009, les citoyens cubains résidant aux États-Unis ne peuvent retourner que pendant deux semaines tous les trois ans dans le meilleur des cas, seulement avec l’autorisation du Département du Trésor, en prouvant qu’un proche parent (parents, grands-parents, frères, sœurs et leurs conjoints, à l’exclusion des oncles, cousins, cousines, neveux, …) vit sur l’île et dépensant au maximum l’équivalent de 50 dollars par jour. Au cours de ces cinq années, le montant mensuel maximal que les Cubains résidant aux États-Unis peuvent envoyer à un parent à Cuba a été réduit à 100 dollars. Et si ce parent est membre du Parti communiste, le montant est réduit à zéro.

En 2006, les sanctions et leur caractère extra-territorial se sont à nouveau intensifiées. Pour commercer avec les États-Unis, un constructeur automobile allemand doit prouver qu’il n’utilise pas même un gramme de nickel cubain et un fabricant italien de bonbons doit prouver que son produit ne contient pas même un peu de sucre cubain. De cette manière, les exportateurs du monde entier doivent choisir, ou le commerce avec Cuba ou avec les États-Unis. De même, un citoyen étasunien qui consomme un produit cubain quelque part dans le monde risque une amende pouvant aller jusqu’à un million de dollars et 10 ans de prison.

Le blocus affecte également le domaine de la santé, 80% des brevets médicaux ont été déposés par des multinationales pharmaceutiques basées en Amérique du Nord. Ces médicaments ne peuvent pas s’obtenir sur l’île, créant des problèmes pour la population en dépit du système de santé avancé dont dispose ce pays socialiste.

Entre 2007 et 2009, de nombreuses banques occidentales (Barclays Bank, Bawag, …) ont dû clôturer les comptes de clients cubains pour éviter d’avoir à renoncer aux relations avec les Etats-Unis. Le Département du Trésor a amendé Crédit Suisse pour un montant de 536 millions de dollars pour avoir effectuer des transactions financières avec Cuba, ainsi que la néerlandaise ING pour 619 millions de dollars.

Selon de récents sondages, la majorité des citoyens des Etats-Unis (64% en 2009) sont contre le blocus ainsi que la Chambre de commerce, le New York Times, les anciens présidents Carter et Clinton, des organismes et des personnes qui sont loin d’être révolutionnaires.

Plus de 70% des Cubains sont nés sous les restrictions du blocus économique. Quand finira cette politique irrationnelle qui va à l’encontre des intérêts du peuple cubain, mais aussi contre ceux des citoyens étasuniens ? Comment est-ce que des pays comme les Etats-Unis et Israël peuvent continuer à enfreindre le droit international sans conséquences, tandis que d’autres sont sanctionnés ou bombardés pour moins que ça (et souvent même ces pays sont punis sans avoir violé le droit international) ?

L’impérialisme doit être combattu et vaincu. Aujourd’hui, il est représenté par les Etats-Unis, Israël et les régimes qui leur sont affiliés.

Publié sur le blog de notre camarade Amedeo Sartorio le 11 novembre 2014

Traduit par EM pour le Centre d’études marxistes www.chemarx.org